Les KPI logistiques à suivre (et ceux qu'on publie)

Sébastien Berthuy, fondateur d'Easy DistributionSébastien BerthuyFondateur d'Easy Distribution7 min de lecture
Préparateur de commandes scannant un produit lors du picking en entrepôt

En résumé

Je détaille 11 KPI logistiques, leurs calculs et leurs limites pour suivre les expéditions, le stock, les coûts, les retours et la qualité de service.

Cet article fait partie du guide Dans les coulisses d'un entrepôt logistique e-commerce. Commencez par là si vous découvrez le sujet.

Un tableau de bord peut être rempli de chiffres sans répondre à la question qui vous intéresse : est-ce que la logistique tient la promesse faite à vos clients ? Je préfère quelques indicateurs définis clairement, discutés régulièrement et reliés à des actions.

Le piège, c’est de comparer des pourcentages qui ne mesurent pas la même chose. « À l’heure » peut signifier préparé, expédié ou livré. Un taux d’erreur peut être calculé par commande, par ligne ou par unité. Avant de commenter le résultat, je demande donc comment le chiffre a été construit.

Voici onze KPI utiles pour une marque e-commerce. Pour comprendre les opérations qu’ils suivent, retrouvez ma visite des coulisses d’un entrepôt logistique.

Avant les chiffres : convenir du périmètre

Pour chaque indicateur, je veux une définition, une période, une source de données et un responsable. Il faut aussi distinguer l’objectif convenu du résultat réellement mesuré. Une promesse commerciale ne constitue pas, à elle seule, une preuve de performance.

Les commandes bloquées méritent une règle explicite. Si une commande attend une validation de la marque, on peut l’identifier séparément ; on ne doit pas simplement la faire disparaître du tableau. Je souhaite voir le résultat global et les causes d’écart.

1. Le taux d’expédition dans le délai convenu

Calcul : commandes remises au transporteur dans le délai convenu ÷ commandes à expédier sur la période × 100.

Il faut préciser le point de départ du délai, l’heure limite de prise en compte et les jours de traitement. Une étiquette créée ne prouve pas que le colis a été remis au transporteur. Le statut retenu doit correspondre à l’événement que l’on veut mesurer.

Je complète le pourcentage par le nombre de commandes en retard et leur ancienneté. Un petit reliquat qui vieillit peut poser un problème important à quelques clients, même lorsque le taux global semble satisfaisant.

2. Le taux de commandes préparées sans erreur

Calcul : commandes préparées sans erreur identifiée ÷ commandes préparées dans la cohorte étudiée × 100.

La cohorte est un groupe de commandes suivi sur une période définie. Comme certaines erreurs sont signalées après l’expédition, il faut laisser un délai d’observation cohérent avant de figer le résultat.

Je distingue les erreurs de référence, de quantité, de personnalisation et de document. Si l’on préfère mesurer la précision par ligne, c’est possible, mais il faut conserver cette unité et l’indiquer clairement. Les deux taux ne sont pas directement comparables.

3. Le délai de préparation

Mesure : temps écoulé entre la mise à disposition d’une commande complète et exploitable pour la préparation et la fin de sa préparation.

Je regarde la médiane et les commandes les plus lentes, pas uniquement la moyenne. Une moyenne peut masquer une minorité de dossiers longtemps bloqués. Je sépare aussi les temps d’attente des temps de travail lorsque les données le permettent.

Pour interpréter cet indicateur, il faut connaître le profil des commandes. Le nombre de lignes, la personnalisation et les contraintes de conditionnement influencent le temps nécessaire.

4. La livraison complète et à l’heure, ou OTIF

Calcul : commandes livrées intégralement dans la fenêtre promise ÷ commandes dont la livraison était attendue sur la période × 100.

L’OTIF, pour « On Time In Full », regarde le résultat jusqu’au destinataire. Il se distingue donc du taux d’expédition. Une commande peut quitter l’entrepôt à temps et arriver en retard.

Il faut définir la date promise, le traitement des livraisons partielles et les sources transporteur. Je garde les causes de retard visibles pour différencier préparation, transport, adresse ou indisponibilité du destinataire.

5. La fiabilité du stock

Exemple de calcul : positions de stock contrôlées sans écart ÷ positions contrôlées × 100. Une position peut être définie comme un couple référence-emplacement, complété par le lot si nécessaire.

Ce taux doit être accompagné de l’ampleur des écarts en unités ou en valeur. Un écart d’une unité et un écart de cent unités ne représentent pas le même enjeu, même s’ils concernent chacun une position.

Je regarde aussi si les contrôles couvrent suffisamment le catalogue. Vérifier seulement les références les plus faciles à compter donne une image partielle. Le sujet est détaillé dans mon article sur la gestion des stocks e-commerce.

6. La part des commandes bloquées faute de stock

Calcul : commandes qui ne peuvent pas être préparées complètement pour indisponibilité d’au moins un produit ÷ commandes à préparer × 100.

Les précommandes assumées doivent être identifiées à part. L’objectif est de repérer une indisponibilité qui empêche de tenir la promesse prévue, pas de qualifier automatiquement de rupture toute vente avant réception.

Je cherche ensuite la cause : achat insuffisant, réception en attente, écart d’inventaire, stock réservé ou mauvaise synchronisation. La réponse opérationnelle change selon le cas.

7. La rotation du stock

Calcul en valeur : coût des produits vendus sur la période ÷ valeur moyenne du stock sur la même période, en utilisant une base de valorisation cohérente.

Le chiffre d’affaires ne doit pas être mélangé à un stock valorisé au coût d’achat. Pour une référence homogène, on peut aussi raisonner en unités, en gardant la même unité au numérateur et au dénominateur.

Je complète la rotation par l’âge du stock et la saisonnalité. Un produit préparé pour une collection future ne se lit pas comme une référence abandonnée qui occupe une place depuis longtemps.

8. Le coût logistique par commande

Calcul : coûts logistiques retenus sur la période ÷ nombre de commandes correspondant au périmètre choisi.

Le périmètre doit être affiché : stockage, réception, préparation, emballage, transport, retours, outils et autres prestations éventuelles. Sans cela, deux coûts « par commande » peuvent raconter des histoires très différentes.

Je recommande de distinguer B2C et B2B, puis les principaux profils de commandes. Une variation du panier ou du nombre d’articles peut expliquer une hausse du coût sans révéler une baisse d’efficacité.

9. Le taux de retours, ventilé par motif

Calcul possible : commandes ayant donné lieu à un retour ÷ commandes livrées dans la cohorte observée × 100.

Il faut laisser le temps aux clients de recevoir puis de retourner leurs achats. Diviser les retours reçus cette semaine par les expéditions de cette même semaine peut comparer des populations différentes.

Je sépare changement d’avis, problème produit, erreur de préparation et incident de livraison. C’est cette ventilation qui permet d’agir avec la marque, l’entrepôt ou le transporteur.

10. Le délai de traitement des retours

Mesure : temps entre la réception physique du retour et la fin du traitement logistique défini : contrôle réalisé, orientation enregistrée et information transmise.

Je le distingue du délai de remboursement, qui dépend aussi du processus de la marque et du cadre applicable. Un produit peut être contrôlé sans que le remboursement ait encore été exécuté.

Le tableau doit montrer les retours en attente et leurs motifs de blocage. Je détaille leur organisation dans mes sept leviers pour mieux gérer les retours.

11. Le délai de première réponse utile aux demandes logistiques

Mesure : temps entre la réception d’une demande et une première réponse qui apporte une information ou décrit la prise en charge effective.

Un accusé de réception automatique peut être pratique, mais ce n’est pas la même chose qu’une réponse utile. Il faut convenir des horaires couverts et distinguer ce délai du délai de résolution complète.

Je regarde aussi les dossiers restés sans réponse, leur ancienneté et la répétition des mêmes incidents. Répondre vite à dix relances sur un problème jamais résolu n’est pas un bon résultat.

Les engagements que nous affichons chez Easy Distribution

Sur notre site, nous annonçons des engagements de service : au moins 98 % de commandes expédiées à temps, au moins 99,7 % de précision au picking, une première réponse SAV en moins de deux heures, une résolution en moins de vingt-quatre heures et un taux de litiges inférieur à 1 %.

Je tiens à distinguer ces engagements d’un relevé de résultats sur une période donnée. Pour apprécier leur respect sur votre activité, nous devons convenir du périmètre, des événements mesurés, des horaires couverts et des éventuelles exclusions. La précision au picking, par exemple, doit être reliée à une unité de mesure explicite avant toute comparaison.

Mon conseil reste le même : demandez un suivi qui rapproche l’objectif et le résultat observé, avec les causes d’écart. C’est ce qui rend un engagement utile dans la relation quotidienne.

Comment rendre ces onze indicateurs vraiment utiles ?

Je ne vous conseille pas de tout commenter avec la même fréquence. Certains signaux demandent une réaction pendant l’exploitation : retard qui s’accumule, rupture, commande bloquée. D’autres gagnent à être analysés avec davantage de recul, comme les coûts et la rotation.

Lors d’un point avec votre logisticien, je partirais de trois questions : qu’est-ce qui s’est dégradé, pourquoi et quelle action allons-nous suivre ? Pour chaque action, il faut un responsable et une date de revue. Le tableau de bord devient alors un outil de travail commun.

Vous souhaitez définir les bons indicateurs pour votre activité ? Parlons de vos flux et de votre promesse client. Nous pourrons choisir des mesures dont le sens est clair pour tout le monde.

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