Un stock mal suivi se voit rarement tout de suite. Il apparaît sous la forme d’une commande impossible à préparer, d’un produit vendu deux fois sur deux canaux, ou de cartons qui occupent une place payée chaque mois sans jamais partir. Dans les deux sens, l’erreur coûte : trop peu de stock fait perdre des ventes, trop de stock immobilise de la trésorerie et de l’espace.
Je suis Sébastien, d’Easy Distribution. Je partage avec vous la méthode que je recommande aux marques pour gérer leur stock e-commerce, du chiffre affiché sur la boutique jusqu’à l’inventaire. Pour situer le stock dans le parcours complet d’une commande, vous pouvez lire ma visite des coulisses d’un entrepôt logistique e-commerce.
Un seul chiffre de stock ne suffit pas
« Il m’en reste 120 » : derrière cette phrase, il peut y avoir plusieurs réalités. Une partie des unités est peut-être déjà réservée pour des commandes en cours. D’autres attendent un contrôle après un retour. D’autres encore sont annoncées par le fournisseur mais pas encore arrivées. Je distingue au minimum les états suivants.
| État | Ce qu’il désigne | Peut-on le vendre ? |
|---|---|---|
| Stock attendu | Quantités commandées au fournisseur, pas encore reçues | Seulement si vous assumez une précommande |
| Stock physique | Unités présentes dans l’entrepôt | Pas en totalité : il faut retirer les quantités réservées et bloquées |
| Stock réservé | Unités affectées à des commandes en cours de traitement | Non, elles sont déjà vendues |
| Stock bloqué | Unités en contrôle, abîmées, en attente de décision ou isolées | Non, tant qu’une décision n’a pas été prise |
| Stock disponible | Unités réellement vendables | Oui |
En simplifiant, le stock disponible correspond au stock physique, moins les quantités réservées et bloquées. C’est ce chiffre qui doit alimenter votre boutique et vos marketplaces, pas le total présent dans le bâtiment.
Une référence unique pour chaque article géré
La gestion du stock commence par l’identification. Chaque variante vendue séparément (taille, couleur, format) doit avoir sa propre référence. Si deux produits différents partagent un code, le stock de l’un absorbe les ventes de l’autre et les écarts deviennent impossibles à expliquer.
Les coffrets et les lots demandent une attention particulière. Un coffret assemblé à l’avance a son propre stock. Un coffret composé à la commande consomme le stock de ses composants : il devient indisponible dès qu’un seul élément manque. Les deux modes de fonctionnement doivent être paramétrés clairement.
Je détaille la construction de ces références dans mon guide des SKU et des bonnes pratiques de catalogue.
Synchroniser le stock entre vos canaux de vente
Dès que vous vendez sur plusieurs canaux (boutique en ligne, marketplaces, revendeurs), le même stock sert plusieurs vitrines. Chaque canal doit recevoir la bonne quantité disponible, assez vite pour éviter de vendre une unité qui vient de partir ailleurs.
Je recommande de désigner une source de référence pour le stock et de vérifier la fréquence de mise à jour de chaque canal. Sur les références qui se vendent vite ou dont il reste peu d’unités, une petite réserve non publiée peut limiter le risque de survente. C’est un arbitrage : cette réserve protège vos clients, mais elle retire temporairement des unités de la vente.
Le B2B mérite la même rigueur. Un réassort de boutique peut consommer d’un coup une grande partie du stock. Chez Easy Distribution, nous gérons le DTC et le B2B sur le même stock, ce qui évite de tenir deux inventaires séparés. Il faut alors décider à l’avance quelles commandes passent en priorité quand les quantités ne suffisent pas.
Savoir quand réapprovisionner
Le bon moment pour commander n’est pas celui où le stock est vide, mais celui où il reste juste assez d’unités pour couvrir le temps nécessaire au réassort. Trois éléments entrent en jeu.
- La consommation : le nombre d’unités vendues par jour ou par semaine, sur une période représentative.
- Le délai d’approvisionnement : le temps entre votre commande au fournisseur et le moment où le stock devient vendable. Il inclut la fabrication et le transport, mais aussi la réception et le contrôle à l’entrepôt.
- Le stock de sécurité : une marge pour absorber une vente plus forte que prévu ou un fournisseur en retard.
Le point de commande se calcule alors ainsi : consommation moyenne par jour × délai d’approvisionnement en jours + stock de sécurité. Exemple purement illustratif : avec 20 unités vendues par jour, un délai de 30 jours et un stock de sécurité de 150 unités, vous déclenchez la commande quand le stock disponible descend à 750 unités.
Le stock de sécurité dépend de la variabilité de vos ventes et de la fiabilité de vos fournisseurs. Il dépend aussi de ce que coûte une rupture sur ce produit. Je ne fixerais pas le même niveau pour un produit d’appel et pour une référence secondaire facilement remplaçable.
Un indicateur simple aide à suivre la situation : la couverture de stock, c’est-à-dire le stock disponible divisé par la consommation moyenne par jour. Elle indique combien de jours de ventes votre stock peut encore couvrir au rythme actuel.
Toutes les références ne méritent pas le même suivi
Sur beaucoup de catalogues, une minorité de références pèse lourd dans les ventes. La méthode ABC aide à les repérer : on classe les produits selon leur contribution, en chiffre d’affaires, en marge ou en volume, puis on répartit le catalogue en trois groupes.
Les références A demandent un suivi rapproché : prévisions revues souvent, seuils surveillés, comptages fréquents. Les références C peuvent être suivies moins souvent. Je complète ce classement par la criticité : un composant indispensable à un coffret phare mérite parfois l’attention d’une référence A, même s’il pèse peu seul.
FIFO, FEFO : organiser la rotation
La rotation décide quelles unités sortent en premier. Le FIFO, pour first in, first out, fait partir d’abord les unités entrées en premier. Le FEFO, pour first expired, first out, fait partir d’abord celles dont la date est la plus proche.
Pour un produit sans date, le FIFO limite le vieillissement du stock et des emballages. Pour un produit daté, le FEFO est généralement plus adapté : si un lot reçu plus tard expire plus tôt, c’est lui qui doit partir en premier.
Ces règles supposent que les lots et les dates soient enregistrés dès la réception, puis respectés au prélèvement. Elles permettent aussi de retrouver rapidement les commandes concernées si un lot doit être retiré. Nous détaillons ces contraintes sur notre page consacrée à la logistique e-commerce des compléments alimentaires.

